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JE AMEP / CESPRA – 17 juin 2014 – Théorie politique et SHS

L’AMEP organise son premier événement scientifique le mardi 17 juin 2014.

Il s’agit d’une journée d’études interdisciplinaire organisée conjointement par le CESPRA-EHESS (Centre d’études sociologiques et politiques Raymond Aron) et l’association AMEP (Amis de la mention Études politiques) qui se tiendra le mardi 17 juin 2014 à l’EHESS (96 bd Raspail, 75006 Paris) et qui sera ouverte à tous (dans la limite des places disponibles).

Cette journée est intitulée : « Théorie politique, philosophie politique et histoire des idées politiques : Quel dialogue au sein des SHS ? »

Résumé : Cette journée d’études entend faire dialoguer la théorie politique, la philosophie politique et l’histoire des idées politiques avec les autres disciplines et sous-disciplines des sciences humaines et sociales qui s’intéressent aux questions politiques. Sans préjuger des résultats d’un tel échange, les intervenants chercheront à envisager quelles sont les conditions du dialogue, et quels pourraient être, éventuellement, les bénéfices scientifiques de celui-ci pour les deux parties.

Organisateurs : Félix Blanc, Benjamin Brice, Cynthia Salloum et Marie-Hélène Wirth.

 

Vous trouverez les enregistrements de la journée en suivant ce lien.

 

Présentation scientifique de la journée

Lorsqu’il cherche à analyser les phénomènes politiques, le chercheur se trouve confronté à la multiplicité des perspectives disciplinaires en sciences humaines et sociales, parmi lesquelles la théorie politique, la philosophie politique et l’histoire des idées politiques. Ces trois sous-disciplines ont sans doute la particularité de mettre d’avantage l’accent sur la dimension théorique dans l’appréhension des faits politiques, quand les autres champs des sciences humaines et sociales font une place plus large à la dimension empirique. Cette spécificité a d’ailleurs souvent valu à ces trois approches d’être considérées comme moins rigoureuses dans leurs méthodes d’investigation, et l’on a pu leur reprocher, parfois à juste titre, de ne pas prêter une attention suffisante au réel (Durkheim 1988, Bourdieu 2003). Symétriquement, ces approches tendent par moments à vouloir s’arroger le monopole des questions théoriques, au risque d’encourager un certain cloisonnement de la recherche scientifique entre enquêtes empiriques et débats théoriques. Or, tracer une frontière trop étanche entre empirie et théorie diminue les possibilités d’échanges féconds réciproques ; cela revient à la fois à empêcher de prêter une attention respectueuse au matériau qui, précisément, fasse droit à sa valeur intrinsèque, au phénomène inaperçu qu’il exprime (Schnapper 1999), et à prévenir tout regard théorique posé sur les faits en vue d’une analyse qui nous les rendent accessibles et non pas distants (Arendt 1967) ; finalement, voilà qui constitue peut-être un véritable obstacle au progrès général des sciences humaines et sociales (Aron 1962, Adorno 1969, Schramme 2008).

Il existe, du reste, une immense variété au sein des trois sous-disciplines convoquées (théorie politique, philosophie politique et histoire des idées politiques) ; il paraît nécessaire d’en prendre la mesure (Dryzek, Honig et Phillips 2006). Par exemple, les méthodes pour appréhender les textes suscitent d’importants débats, dont l’opposition canonique entre interprétation interne et lecture contextuelle ne donne qu’une image très incomplète (Strauss 1988, Spitz 1989, Skinner 2002, Skinner et Zarka 2001, Bourdieu 2002). En outre, ces différences de perspective participent généralement de prémisses ontologiques distinctes qui conduisent le chercheur à privilégier une approche plutôt qu’une autre ou à en proposer de nouvelles (Mansfield 1993, Dunn 1996, Whatmore 2006, Lilti 2012), à diversifier les sources de connaissances (Chartier 1989, Pocock 1997, Skinner 2003, Manin 1996, Rosanvallon 2003), et à choisir de se référer, par exemple, plutôt à la sociologie, à la science politique, à la philosophie ou à l’histoire (Weil 1961, Manent 1997, Robertson 2005, Rawls 2009, Matonti 2012, Karsenti 2013). Ce pluralisme constitue indéniablement une force, puisqu’il stimule la réflexion et oblige le chercheur à s’interroger sur ses propres présupposés, qu’ils soient théoriques ou méthodologiques.

Cette journée d’études entend néanmoins ouvrir la conversation au-delà de ces trois sous-disciplines, puisqu’il s’agit faire dialoguer la théorie politique, la philosophie politique et l’histoire des idées politiques avec les autres disciplines et sous-disciplines des sciences humaines et sociales qui s’intéressent aux questions politiques. Sans préjuger des résultats d’un tel échange, les intervenants chercheront à envisager quelles sont les conditions du dialogue, et quels pourraient être, éventuellement, les bénéfices scientifiques de celui-ci pour les deux parties.

Bibliographie

Adorno Theodor W., « Du rapport entre la théorie et l’empirie en sociologie », trad. R. Sibaja Steichens, L’Homme et la société, no. 13, 1969, p. 127-133.

Arendt Hannah, Essai sur la Révolution, Paris, Gallimard, 1967.

Aron Raymond, « À propos de la théorie politique », Revue française de science politique, vol. 12, no. 1, p. 5-26.

Bourdieu Pierre, « Les conditions sociales de la circulation internationale des idées » (1990), Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 145, no. 2002, p. 3-8.

Bourdieu Pierre, Méditations pascaliennes, éd. revue et corrigée, Paris, Seuil, 2003.

Chartier Roger, « Le monde comme représentation », Annales, vol. 44, no. 6, 1989, p. 1505-1520.

Dryzek John S., Bonnie Honig, Anne Phillips, « Overview of Political Theory», in The Oxford Handbook of Political Theory, Oxford, Oxford University Press, 2006.

Dunn John, The History of Political Theory and other essays, Cambridge, Cambridge University Press, 1996.

Durkheim Émile, Les règles de la méthode sociologique, Paris, Flammarion, coll. Champs, 1988.

Karsenti Bruno, D’une philosophie à l’autre : Les sciences sociales et la politique des modernes, Paris, Gallimard, coll. NRF essais, 2013.

Lilti Antoine, « Rabelais est-il notre contemporain ? Histoire intellectuelle et herméneutique critique », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2012, no. 59, p. 65-84.

Manent Pierre, La cité de l’homme (1994), Paris,Flammarion, 1997.

Manin Bernard, Principes du gouvernement représentatif, Paris, Flammarion, coll. Champs, 1996.

Mansfield Harvey C., Taming the Prince: The ambivalence of modern executive power, Baltimore (MD), The John Hopkins University Press, 1993.

Matonti Frédérique, « Plaidoyer pour une histoire sociale des idées politiques », Revue d’histoire moderne et contemporaine, no. 59, 2012/5, p. 85-104.

Pocock John G. A., Le moment machiavélien : La pensée politique Florentine et la tradition républicaine atlantique, trad. Luc Borot, Paris, PUF, coll. Léviathan, 1997.

Rawls John, Théorie de la justice, trad. Catherine Audard, Paris, Seuil, coll. Points Essais, 2009.

Robertson John, The Case for the Enlightenment : Scotland and Naples 1680-1760, Cambridge, Cambridge University Press, 2005.

Rosanvallon Pierre, Pour une histoire conceptuelle du politique, Leçon inaugurale au Collège de France faite le jeudi 28 mars 2002, Paris, Seuil, 2003.

Schnapper Dominique, La Compréhension sociologique : Démarche de l’analyse typologique, Paris, Presses universitaires de France, 1999.

Schramme Thomas, « On the Relationship between Political Philosophy and Empirical Sciences », Analyse & Kritik, vol. 30, 2008, p. 613-626.

Skinner Quentin, Visions of politics. Volume I: Regarding Method, Cambridge, Cambridge University Press, 2002.

Skinner Quentin, L’Artiste en philosophie politique : Ambrogio Lorenzetti et le bon gouvernement, Paris, Raisons d’agir, coll. Cours et travaux, 2003.

Skinner Quentin et Yves Charles Zarka, Hobbes : The Amsterdam Debate, Hans Blom (ed.), Hildesheim-Zürich-New York, Georg Olms Verlag, 2001.

Spitz Jean-Fabien, « Comment lire les textes politiques du passé ? Le programme méthodologique de Quentin Skinner », Droits, no. 10, novembre 1989, p. 133-145.

Strauss Leo, Persecution and the Art of Writing, Chicago, The University of Chicago Press, 1988.

Whatmore Richard, « Intellectual History and the History of Political Thought », in Whatmore Richard and Brian Young (eds.), Palgrave Advances in Intellectual History, Basingstoke (UK), Palgrave Macmillan, 2006, p. 109-129.

Weil Éric, « Philosophie politique, théorie politique », Revue française de science politique, vol. 11, 1961/2, p. 267-294.

 

Le programme de la journée est disponible sur le lien suivant.