Still Life with Books in a Niche – Barthélemy d’Eyck 1469

Méthode étude de textes

ATELIER DE MÉTHODE D’ÉTUDE DE TEXTES

EHESS-CESPRA – 2014-2015

 

Organisateurs : Benjamin Brice (benjamin.brice@gmail.com) et Marie-Hélène Wirth (wirth.mh@gmail.com)

 

Calendrier (provisoire) des séances

Chaque séance sera articulée autour d’une question précise de méthode avec un intervenant qui la traitera à partir d’un cas d’étude (que ce soit un auteur, un thème ou un corpus de texte). La démarche de ce séminaire est explicitée ci-dessous. Les séances seront animées par les organisateurs et un discutant.

Les séances ont généralement lieu le 2ème jeudi du mois de 13h à 15h.

27 novembre 2014 – Introduction sur les enjeux du séminaire
Benjamin Brice (EHESS, IEP de Lyon). « Comment étudier des textes ? Éléments de méthode en-deçà des traditions interprétatives ».
Salle 1 (105 bd Raspail 75006 Paris), 13h-15h.

12 décembre 2014 – Analyse de discours [Attention séance exceptionnellement le vendredi].
Marie-Hélène Wirth (EHESS). « Une recherche liée à l’analyse du discours : les débats du Conseil constitutionnel – enjeux, pièges, méthode ».
Discutant : Clément Viktorovitch (Sciences Po Paris).
Salle 5 (105 bd Raspail 75006 Paris), 13h-15h.

08 janvier 2015 – Contexte de réception des textes
Mathieu Hauchecorne (Paris 8). La réception française de John Rawls.
Discutant : Jean-Louis Fabiani (EHESS).
Salle 1 (105 bd Raspail 75006 Paris), 13h-15h.

12 février 2015 – Conflits d’interprétation sur un auteur
Sophie Marcotte Chénard (EHESS). Strauss, Skinner et Lefort interprètes de Machiavel.
Discutant : Danilo Scholz (EHESS).
Salle 1 (105 bd Raspail 75006 Paris), 13h-15h.

12 mars 2015 – Textes appartenant à une autre aire culturelle
Crystal Cordell Paris (EHESS, Sciences Po Menton). Étudier Aristote.
Discutant : Adrien Louis.
Salle 3 (105 bd Raspail 75006 Paris), 13h-15h.

9 avril 2015 – Étude d’un concept à travers des textes
Benjamin Boudou (Sciences Po Paris). La notion d’hospitalité.
Discutants : Olivier Remaud (EHESS) et Stefan Willer (Humboldt-Universität).
Salle 3 (105 bd Raspail 75006 Paris), 13h-15h.

07 mai 2015 – Actualité politique d’un auteur
Hugo Drochon (Cambridge University). L’actualité politique de Nietzsche à l’épreuve de l’École de Cambridge.
Salle 1 (105 bd Raspail 75006 Paris), 13h-15h.

21 mai 2015 – Le travail sur les manuscrits
Christophe Litwin (Princeton University). Jean-Jacques Rousseau et les affaires de Corse.
Salle 8, 13h-15h.

11 juin 2015 – Enjeux de la traduction des textes
Romain Descendre (ENS Lyon, Triangle). De la raison d’État de Botero.
Salle 1 (105 bd Raspail 75006 Paris), 13h-15h.

 

Argumentaire du séminaire

Depuis maintenant plus d’un siècle, les sciences humaines et sociales ont beaucoup progressé grâce au développement et au raffinement de leurs méthodes d’enquête. L’étudiant et le chercheur disposent donc aujourd’hui de nombreux ouvrages méthodologiques pour réfléchir à la manière d’élaborer un questionnaire, de préparer des entretiens semi-directifs, de réaliser des observations participantes, d’analyser des séries statistiques, de comparer différents objets d’étude, etc., mais aussi pour considérer comment traiter ces données en fonction d’une problématique scientifique spécifique. Certes, les protocoles de recherche ne sont pas figés, puisque certaines méthodes nouvelles sont parfois introduites, que d’autres se trouvent améliorées ou contestées, et que d’autres encore finissent par être abandonnées ; il demeure que l’enquêteur est guidé dès le départ et dispose de toute une gamme d’instruments qui s’adaptent à ses préoccupations théoriques. Cependant, on peine à trouver facilement de semblables instruments pour la démarche scientifique consistant à étudier des textes. Malgré l’ancienneté de cette pratique – à moins que ce ne soit à cause d’elle – les choses se passent trop souvent comme si l’étude de textes allait de soi et ne faisait pas l’objet de questionnements de méthode, ou comme si cette étude sortait du champ scientifique au prétexte qu’il existerait autant de lectures possibles que de lecteurs.

Cette lacune relative a généralement tendance à faire apparaître les champs disciplinaires reposant principalement sur la lecture de textes, tels que la philosophie politique, la théorie politique ou l’histoire des idées, comme moins rigoureux du point de vue de la méthode que ceux qui s’appuient plus volontiers sur la collecte de données ou la réalisation d’entretiens. Comme un travail de terrain tient sa scientificité de sa « falsifiabilité », on nie bien souvent à l’étude de texte toute capacité de remise en question puisque chaque lecteur pourrait indéfiniment défendre sa propre interprétation. Ainsi, les critères de scientificité des sciences humaines et sociales ne seraient pas opérants pour l’étude de textes. Or, il nous semble qu’une telle conclusion ne fait pas justice à cette démarche de recherche. Étudier sérieusement un texte demande des précautions particulières pour ne pas reposer sur des choix arbitraires ; éviter les contresens et les anachronismes, repérer les enjeux et déceler les problèmes, comprendre les controverses et analyser les intentions, mettre en contexte et faire dialoguer les auteurs, sont autant d’aptitudes qui réclament de la part de l’enquêteur un véritable savoir-faire.

Certes, des propositions méthodologiques concernant l’étude de textes existent effectivement dans le champ académique, mais il s’agit surtout de corps de doctrines structurées en différentes « écoles », qui s’opposent les unes aux autres en fonction de divers partis-pris ontologiques et épistémologiques (par exemple la célèbre « École » de Cambridge). Ainsi, le chercheur paraît souvent confronté à une alternative quelque peu déstabilisante : s’inscrire dans un courant particulier, qui dépendra fréquemment de la tradition de son pays, de l’orientation de son université, voire de la position de son directeur de thèse, et combattre les positions adverses, ou bien refuser d’appartenir à une quelconque « école » méthodologique, ce qui lui évitera généralement d’avoir à traiter des questions de méthode. Voilà qui semble limiter toute discussion générale sur les éléments méthodologiques qui pourraient servir directement les chercheurs, à moins de se borner à rappeler les multiples perspectives qui s’affrontent.

Les oppositions tranchées, autour desquelles se structurent les diverses approches en étude de textes, tendent à figer les différentes positions et à exacerber les polémiques : lecture interne contre lecture externe, contexte intellectuel et linguistique contre recherche des grandes questions, histoire sociale des idées contre histoire des idées, attention aux grands auteurs contre contestation du canon, etc. L’existence de telles dichotomies conduit couramment à alimenter les antagonismes théoriques, alors que les diverses pratiques de lecture se révèlent généralement beaucoup plus proches les unes des autres qu’on ne pourrait le penser. Ce sont donc à ces expériences pratiques, à ces premiers éléments de méthode, que ce séminaire de recherche souhaite donner la parole.

Ainsi, à travers des expériences singulières de recherche, il s’agira de se situer en-deçà des oppositions consacrées, afin de voir s’il est possible de formuler des préceptes pratiques pour le chercheur qui se confronte à des textes, en dehors de tout parti-pris de méthode. L’objectif de ce séminaire est donc, à partir de situations d’enquête différentes, de fournir une sorte de boîte à outils pour l’étude de textes, c’est-à-dire de préciser les principaux écueils de cet exercice, de recenser les garde-fous méthodologiques, de rappeler les questionnements inhérents à ce type de recherche et de spécifier les savoir-faire à acquérir pour tirer le meilleur parti du matériau utilisé. Ce séminaire entend donc faire droit aux multiples instruments des différentes méthodes sans a priori, et tenter de situer la pertinence de chacune d’entre elles selon les objectifs fixés par le projet de recherche qu’elles sous-tendent. Sans nier évidemment la pertinence de débats de méthode plus poussés, ce séminaire permettra, dans la mesure du possible, d’élaborer un socle de recommandations et de mises en garde qui puisse directement servir à tous ceux que leurs questions de recherche invitent à étudier des textes d’origines, d’époques et de types divers.

Les séances de ce séminaire viseront à présenter des problèmes pratiques propres à l’étude de textes, tels que la notion d’anachronisme, la prise en compte du contexte historique et social, la manière de traiter différents types de textes, l’usage contemporain de penseurs du passé, la question de la « charité » vis-à-vis de l’auteur, la marge de manœuvre interprétative, l’importance des aspects philologiques et éditoriaux, etc., et à les articuler à l’expérience de recherche d’un intervenant, afin de pouvoir observer, pour ainsi dire, une méthode en action.

 

Voir le séminaire intitulé « Isaiah Berlin, le pluralisme en débat ».

Voir l’enregistrement de la journée d’étude intitulée : « Théorie politique, philosophie politique et histoire des idées politiques : Quel dialogue au sein des SHS ? »